Projet de naissance : ce que mon premier projet ne disait pas
Il y a quelques jours, j’ai retrouvé le projet de naissance que j’avais rédigé avant la naissance de mon fils aîné.
Une seule page, intitulée très simplement : « Projet de naissance Giulio ».
J’y avais noté quelques souhaits précis. Je voulais que mon mari soit présent à toutes les étapes de l’accouchement et que les interventions nous soient, autant que possible, expliquées. J’avais demandé une lumière douce dans la salle de naissance, indiqué que je souhaitais commencer le travail sur le côté et conserver cette position le plus longtemps possible.
Je souhaitais également une péridurale, éviter si possible une épisiotomie, attendre que le cordon ait cessé de battre avant que son père le coupe et profiter d’un véritable moment de peau-à-peau avec mon bébé avant les soins qui pouvaient être différés.
En relisant cette page, plusieurs années et deux autres naissances plus tard, j’ai d’abord ressenti beaucoup de tendresse pour la future mère que j’étais.
Je ne trouve pas ce projet naïf. Je ne pense pas non plus qu’il était inutile ou mal construit. Il disait déjà beaucoup de ce qui comptait pour moi : la présence de mon mari, le besoin de comprendre ce qui se passait, une certaine douceur autour de la naissance, le respect de mon corps et la possibilité de rencontrer mon bébé sans précipitation. Et puis si je dois être tout à fait honnête il était surtout calqué sur ce que j’avais trouvé sur internet.
J’avais pris le temps de réfléchir. J’avais essayé de m’informer et de formuler clairement mes préférences.
Mais aujourd’hui, je vois aussi tout ce que ce projet n’était pas, une vraie réflexion autour de ce que la naissance voulait dire pour moi.
J’avais écrit ce que je souhaitais, pas encore tout ce dont j’avais besoin
Mon premier projet de naissance était principalement une liste adressée à l’équipe médicale. (Dans l’idée en plus de ne surtout pas les “embêter”)
J’y précisais ce que j’espérais voir mis en place, ce que je préférais éviter et la manière dont j’imaginais certains moments de l’accouchement. En revanche, je n’avais presque rien écrit de ce qui se passait en moi.
Je n’avais pas noté que j’avais très peur de la douleur.
Je n’avais pas exploré la manière dont j’aimais être accompagnée lorsque je me sentais vulnérable ou dépassée. Je ne savais pas encore si j’aurais besoin que l’on m’explique précisément chaque étape, que l’on m’encourage beaucoup ou, au contraire, que l’on limite les paroles pour me laisser concentrée.
Je n’avais pas identifié ce qui pourrait m’aider à retrouver un sentiment de sécurité lorsque l’intensité augmenterait.
J’avais écrit que je souhaitais la présence du papa. Sa présence me semblait évidente et essentielle. Mais nous n’avions pas vraiment réfléchi à la façon dont il pourrait me soutenir. (Quand je vois comme je l’ai briefé pour Chiara!!)
Est-ce que j’aimerais qu’il me parle ou qu’il reste silencieux ? Qu’il me touche ou qu’il me laisse de l’espace ? Qu’il m’aide à changer de position, me rappelle de relâcher certaines tensions, pose des questions à ma place ou protège simplement le calme autour de moi ?
Je savais que je voulais qu’il soit là.
Je ne savais pas encore comment nous pouvions former une véritable équipe.
De la même manière, j’avais inscrit « une anesthésie péridurale » sur une ligne, comme une décision déjà réglée. Je savais que je la souhaitais, mais je ne m’étais pas demandé ce qui pourrait m’aider avant sa pose, pendant l’attente ou si les choses allaient plus vite que prévu.
Je connaissais certaines de mes préférences.
Je connaissais encore assez peu mes propres ressources.
Derrière les souhaits, il y avait déjà des besoins
En relisant ce projet aujourd’hui, je comprends que mes demandes n’étaient pas uniquement pratiques.
La lumière douce parlait probablement de mon besoin de calme et d’intimité.
Le souhait que les interventions nous soient expliquées exprimait mon besoin de comprendre, de ne pas me sentir mise à l’écart de ce qui se passait dans mon propre corps.
La présence de mon mari représentait une forme de sécurité, même si nous n’avions pas encore défini la manière dont cette sécurité pourrait prendre forme. Mon concept de gardien de la grotte était très loin de moi!
Le peau-à-peau et le report des soins non urgents traduisaient mon désir de rencontrer mon bébé sans que les premières minutes nous échappent.
À l’époque, je savais formuler le résultat que j’espérais. Je savais moins identifier ce qui se trouvait derrière.
Or c’est souvent à cet endroit que le projet de naissance devient réellement intéressant.
Écrire que tu souhaites une lumière tamisée est utile. Mais comprendre que tu as besoin d’une atmosphère calme, de peu de mouvements autour de toi et de gestes annoncés permet d’aller plus loin. C’est véritablement comprendre la physiologie de la naissance et le rôle des hormones qui le permet…
Même si la naissance change de lieu ou de déroulement, ce besoin pourra peut-être être respecté autrement. La lumière ne sera pas nécessairement exactement celle que tu avais imaginée, mais il sera peut-être possible de limiter les stimulations, de réduire les paroles ou de préserver un peu plus ton intimité.
Écrire que tu souhaites la présence de ton partenaire est important. Réfléchir ensemble à ce qui t’apaise et à ce qui risque de t’agacer dans un moment intense l’est tout autant.
Certaines femmes aiment être encouragées, guidées et touchées. D’autres ont besoin de silence, d’espace et d’une présence discrète. Certaines souhaitent recevoir des informations très précises. D’autres préfèrent ne pas être ramenées en permanence à des chiffres, des horaires ou des mesures.
Il n’existe pas une seule bonne manière d’être soutenue.
Le projet de naissance peut justement t’aider à découvrir la tienne.
Le projet de naissance ne sert pas à écrire le scénario parfait
Le mot « projet » peut donner l’impression qu’il faudrait prévoir le déroulement de la naissance, choisir chacune de ses étapes et réussir ensuite à rester fidèle au plan établi.
Mais une naissance ne se programme pas de cette manière.
Ton corps, ton bébé, le contexte médical et ce que tu ressentiras sur le moment peuvent modifier ce que tu avais imaginé. Certaines décisions dépendront aussi de la situation et des recommandations de l’équipe qui veille sur ta santé et celle de ton enfant. C’est justement ce que je précise à chaque fois en séance. Pendant la naissance il y a 3 éléments : toi, ton bébé, ton environnement. Tu peux te préparer tant que tu veux mais la manière dont ton bébé réagira, et ce qui se passera autour de toi tu ne le maîtrise pas.
Un projet de naissance ne peut donc pas garantir une expérience précise.
Il ne remplace pas les échanges avec la sage-femme ou le médecin. Il ne permet pas non plus de décider à l’avance de tout ce qui sera possible le jour de l’accouchement.
Sa valeur se trouve ailleurs.
Il offre un point de départ pour réfléchir, comprendre certaines possibilités et repérer ce qui compte profondément pour toi. Il permet d’ouvrir une conversation avec le coparent et avec l’équipe de la maternité.
Il peut aussi t’aider à distinguer ce qui est essentiel de ce qui reste une préférence.
Peut-être que la manière dont on s’adresse à toi est fondamentale, alors que le choix d’une musique précise pourra évoluer. Peut-être que tu tiens particulièrement à comprendre chaque intervention envisagée, alors que la position imaginée pendant la grossesse changera selon les sensations du jour.
Cette distinction donne de la souplesse au projet.
Elle permet de conserver une direction sans transformer chaque changement en déception.
Car tu peux avoir imaginé beaucoup de mouvement et découvrir que tu préfères finalement rester immobile. Tu peux avoir souhaité attendre avant de demander une péridurale et la réclamer plus tôt. Tu peux avoir pensé vouloir le silence et ressentir le besoin d’être encouragée.
Tu peux également avoir demandé des massages à ton partenaire pendant toute ta grossesse et ne plus supporter d’être touchée dès la première contraction.
Changer d’avis ne signifie pas que tu n’as pas respecté ton projet.
Cela peut simplement signifier que tu écoutes ce que tu vis réellement. Et c’est de loin le plus important.
Le document doit rester au service de ton expérience et non l’inverse.
Les questions que j’aurais aimé explorer avant ma première naissance
Je ne pense pas qu’un projet plus long et plus détaillé m’aurait permis de mieux contrôler mon premier accouchement.
En revanche, j’aurais aimé être invitée à aller un peu plus loin derrière chacune de mes demandes.
J’aurais aimé que quelqu’un me demande ce qui me faisait réellement peur.
Était-ce la douleur ? La perte de contrôle ? Les interventions ? Le fait de ne pas être entendue ? L’inconnu ? La crainte que les événements aillent trop vite pour que je puisse les comprendre ?
Mettre des mots précis sur une peur ne la fait pas toujours disparaître. Mais cela permet de chercher des réponses plus adaptées qu’un simple « ne t’inquiète pas, tout va bien se passer ».
J’aurais également aimé réfléchir à ce qui m’aidait habituellement à me sentir en sécurité.
Avais-je besoin de comprendre exactement ce qui se déroulait ou de recevoir uniquement les informations essentielles ? Est-ce que la voix de mon mari m’apaisait ? Est-ce que j’aimais être touchée lorsque j’avais mal ? Est-ce que le mouvement me permettait de mieux traverser l’inconfort ?
Pendant la grossesse, il est possible d’explorer quelques points d’appui très simples : une façon de respirer, une position, un mouvement du bassin, un son, un contact ou une image intérieure familière.
Le jour de la naissance, il peut devenir difficile de réfléchir, de se souvenir de nombreuses consignes ou d’appliquer parfaitement une technique. Mais le corps peut reconnaître ce qui a déjà été expérimenté plusieurs fois.
J’aurais enfin aimé me demander ce que je souhaitais préserver si le déroulement changeait.
Si une intervention devenait nécessaire, de quoi aurais-je encore besoin pour me sentir respectée et impliquée ? Si une césarienne était envisagée, qu’est-ce qui resterait important autour de la présence de mon mari, de l’accueil du bébé ou du premier contact ? Si le peau-à-peau immédiat avec moi n’était pas possible, qu’aimerions-nous demander pour son père lorsque la situation le permettrait ?
Réfléchir à l’imprévu ne revient pas à attirer les complications ni à renoncer à la naissance espérée.
Cela permet de conserver des repères même lorsque le chemin change.
Ce que j’écrirais aujourd’hui
Je conserverais une grande partie de mon premier projet de naissance. A l’époque je n’étais pas du tout disponible pour un accouchement physiologique, je respecte cela.
Je souhaiterais toujours que les interventions soient expliquées. Je parlerais encore de lumière, de peau-à-peau, de la place du père et du respect de certains choix concernant mon corps et l’accueil de mon bébé.
Mais j’ajouterais davantage de mots autour de la relation.
Je réfléchirais avec mon mari à son rôle concret, plutôt que d’écrire uniquement que je souhaite sa présence. Je réfléchirai bien plus aux différentes étapes et à quel moment je souhaite que cette péridurale soit posée. Comprendre l’impact que cela aura à partir du moment où je ne peux plus bouger.
Je prendrais aussi le temps d’identifier quelques ressources corporelles auxquelles revenir : une respiration, un mouvement, une vocalisation, une position ou une visualisation. L’objectif étant de prendre le temps de la décision, de ne pas me sentir dépassée par la douleur, de ne pas se sentir dépossédée de la naissance.
Et surtout, je mettrais des mots sur ce que je voudrais préserver, quel que soit le déroulement.
Ces besoins sont moins visibles qu’une lumière tamisée ou qu’une position inscrite sur une feuille.
Ils peuvent pourtant profondément influencer la manière dont la naissance sera vécue.
Une page, mais surtout une conversation
Le projet de naissance final peut tenir sur une page.
Il n’a pas besoin de contenir toutes tes réflexions, chaque scénario possible ni l’ensemble des informations découvertes pendant ta grossesse. Il doit rester lisible et faciliter les échanges avec l’équipe.
Mais le chemin qui mène à cette page peut être beaucoup plus riche. Et je pense que c’est vraiment cela qui compte au final.
La valeur du projet ne se trouve pas dans le document remis à la maternité. Elle se trouve dans les conversations qu’il ouvre avec ta sage-femme ou ton médecin, avec ton partenaire et avec toi-même.
Elle se trouve dans les questions que tu oses poser, dans les peurs que tu cesses de garder silencieuses et dans la distinction que tu apprends à faire entre ce que tu souhaites, ce que tu redoutes et ce dont tu as profondément besoin.
C’est ainsi que j’aborde aujourd’hui le projet de naissance dans mes accompagnements pendant la grossesse et dans mon programme SERENITY MAMA
Je ne propose pas d’écrire le scénario d’un accouchement idéal. J’aide les femmes à mieux comprendre ce qui compte pour elles, à mettre des mots sur leurs besoins et à identifier les ressources qui pourront les soutenir lorsque la naissance commencera.
En retrouvant cette page écrite avant la naissance de mon premier enfant, je mesure le chemin parcouru.
J’avais déjà formulé des souhaits profondément importants pour moi.
Je n’avais simplement pas encore appris à explorer tout ce qui se trouvait derrière eux.
Et c’est peut-être là que commence véritablement un projet de naissance : non pas dans quelques phrases glanées sur internet qui nous parlent, mais dans une meilleure connaissance de soi avant de traverser l’inconnu.

